Notre bonheur est intimement lié à nos attentes. Il dépend de ce que nous attendons. Il est fonction de nos manières de vivre l'attente. Il est influencé par la réalisation - ou non - de nos désirs. Mais notre bonheur peut aussi surgir de l'inattendu.
Nous sommes toujours en attente car nous sommes conscients de l'avenir qui arrive et nous sommes remplis de désirs et d'espoirs (ce sont des signes d'humanité !). Hier, nous avons attendu aujourd'hui. Maintenant, nous attendons demain. Parfois, le poids d'hier et de demain nous font vivre plus intensément le présent. Mais même cette vie au présent a ses batailles ou ses renoncements qui témoignent de nos attentes.
Notre bonheur dépend de ce que nous attendons, événement ou autre. Une fête, par exemple, est bien différente de notre mort. La fête est, en général, un événement ponctuel, proche, heureux, désiré, collectif... Notre mort est une rupture brutale, certaine, d'heure inconnue, souvent non désirée, toujours personnelle... Un événement ponctuel nous donne plutôt de la joie ou du plaisir que du bonheur, même si joies et plaisirs contribuent au bonheur en s'associant dans la durée. Nos désirs et nos espoirs sont plus ou moins bons et porteurs de bonheur.
Face au même événement attendu, nous ne réagirons pas de la même manière que notre voisin. C'est que nous avons notre caractère (optimiste, exigeant, patient, accueillant... ou non), notre expérience, nos fragilités, nos capacités de résistance et de rebond... ! Mais aussi notre intégration sociale qui permet de partager les joies et d'encaisser à plusieurs les souffrances de la vie.
Nous pouvons vivre l'attente de façon angoissante face à l'incertitude (le pire arrivera-t-il ?), ou nous préparer à accueillir l'inconnu, la rupture. Nous pouvons désespérer de l'avenir, ou rêver et espérer. Nous pouvons transformer l'attente en temps de révolte, ou en occasion de nous remettre en cause. Nous pouvons avoir le sentiment que tout va trop lentement ou trop vite, ou apprécier d'avoir le temps de vivre. Nous pouvons attendre sans y penser, ou faire mijoter nos désirs.
Notre bonheur est, pour partie, la réalisation de nos désirs. Un désir qui ne se réalise jamais conduit souvent à l'oubli, quelquefois à l'obsession, très rarement au bonheur. Mais la réalisation de nos désirs tue nos désirs et donc tue notre bonheur. Il faudrait donc, avec ce point de vue restrictif sur le bonheur, que nos désirs soient satisfaits en permanence et se renouvellent aussitôt ! Toutefois, notre bonheur n'est pas seulement une destination à atteindre mais aussi une façon de voyager. Il dépend de nous (au moins pour partie) que, au lieu de passer notre vie à attendre d'être heureux, nous construisions notre vie, en faisant "contre mauvaise fortune bon coeur" quand cela est nécessaire.
Notre bonheur est bien plus que la réalisation de nos désirs. Il peut venir d'un événement non désiré, inattendu, voire inimaginable.